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Femmes chinoises et Kungfu (1) – Mulan, un barbare nomade chez Disney

Femmes chinoises et Kungfu (1) – Mulan, un barbare nomade chez Disney

Le passé n’éclairant plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres.1

Femmes chinoises et kungfu, mythe ou réalité ? A en croire la vulgate, les femmes chinoises ont depuis toujours pratiqué le kungfu, le tai chi et les arts martiaux. C’est du moins l’idée que le soft-power chinois, notamment par ses productions cinématographiques, tente de promouvoir à la fois en interne et sur la scène internationale. Sur cette dernière, la Chine s’appuie aussi largement sur les milieux académiques et médiatiques étrangers pour légitimer cette réinvention du roman national chinois.

Nous verrons dans cette série d’articles que, hors exception venant confirmer la règle, ce ne fut pourtant jamais le cas et que, traditionnellement, les femmes chinoises ne pratiquaient ni le kungfu ni les arts martiaux.

Dans ce premier article, à partir de l’exemple symptomatique de la légende de Mulan, nous retracerons l’origine de cette réécriture récente de l’histoire qui trouve sa source dans les milieux nationalistes et conservateurs du début du 20ème siècle. Nous aborderons, dans un deuxième temps, les raisons – dont une fondamentale – qui rendaient, en tout état de cause, la pratique du kungfu par les femmes socialement et physiquement impossible.

A l’attention des cinéphiles et des inconditionnels de Mulan, bien que ce ne soit pas le coeur de l’article, nous avons également ajouté pour vous en fin d’article une collection d’extraits vidéos inédits (avec notamment le trailer du nouveau film Disney prévu en 2019 ou 2020, ou encore de l’opéra filmé de 1939), ainsi qu’une série collector d’affiches des films, DVD et animations. Nous avons par ailleurs aussi inclus la version originale de la Ballade de Mulan traduite en français (avec les caractères chinois).

Sommaire

Mulan et les femmes chinoises ont-elles depuis toujours pratiqué le Kungfu  ?

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Crédit photo : Thinkstock

En parcourant dans l’Encyclopédie des Arts Martiaux du Monde les articles consacrés aux arts martiaux chinois, j’ai été interloqué par celui de S. Henning portant sur les femmes chinoises et le kungfu (i.e. arts martiaux chinois). Son article commence par l’affirmation :

« Les femmes chinoises ont pratiqué les arts martiaux depuis la plus haute antiquité »2

A l’appui de son assertion, il cite pêle-mêle une dizaine de noms de femmes chinoises qui dans l’histoire, des romans, des légendes ou des poèmes, auraient marqué leur époque par leur habileté martiale.

Que des philosophes parlant de la Chine – de Voltaire à F. Jullien3 en passant par M. Onfray – ne décrivent en fait qu’une Chine imaginaire totalement déconnectée de la réalité n’étonne pas outre mesure et passe encore ; qu’un historien fasse de même ne laisse par contre pas de surprendre.

Il paraît pourtant évident que citer quelques exemples pris ça et là de manière éparse dans des romans ou dans l’histoire de Chine, sur une durée totale de 2500 ans, ne représente pas un état de fait général et ne constitue en rien une preuve que les femmes Chinoises pratiqueraient le kungfu depuis toujours. 

Citer en outre, comme il le fait, les deux seules impératrices de Chine, Wu Zi Tian et Ci Xi4 comme preuve que les chinoises pratiquaient le kungfu est une aberration.

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Wu Zi Tian 武则天 au cinéma

Ces dernières ne furent jamais des pratiquantes d’arts martiaux, ni ne mirent les pieds sur un champ de bataille, mais furent des concubines, qui à force d’intrigues, d’ambition et de meurtres, se hissèrent à la fonction suprême.

De même, donner en exemple le fait qu’il y ait trois femmes parmi les 108 bandits du célèbre roman de l’époque Ming « Au bord de l’eau » (shuihu zhuan 水滸傳) au 14ème s, ne prouve rien non plus. A vrai dire, on peut aisément retourner l’argument et dire que l’exemple démontre au contraire que, sauf exception, les femmes chinoises ne pratiquaient pas les arts martiaux.

Si l’on part simplement du postulat inverse de celui de l’auteur – en tenant donc pour acquis que les femmes ne pratiquaient pas les arts martiaux et que, quand elles le faisaient, ce ne pouvait être qu’exceptionnellement, hors du cadre oppresseur de la famille confucéenne traditionnelle5– et que ces groupes de bandits représentaient 5% de la population6, on peut en déduire que moins de 0,15% des femmes chinoises pratiquaient les arts martiaux7.

Un simple changement de paradigme renverse totalement la perspective. Mais nous verrons que la preuve incontestable que les femmes chinoises ne pratiquaient pas les arts martiaux est ailleurs.

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Film “Au bord de l’eau”

En outre, ce que S. Henning semble ignorer, ou passer sous silence, est que citer « Au bord de l’eau » comme exemple de la place des femmes guerrières en Chine et en faire une généralité est une ineptie.

Il suffit, en effet, de l’avoir lu pour se rendre compte que le rôle des femmes est extrêmement marginal dans le roman.

Hormis quelques rares exceptions, elles n’y brillent pas par l’éclat de leurs actions martiales, et, à l’inverse, elles y restent généralement cantonnées au rôle de subordonnées assigné aux femmes par le confucianisme. Elles y sont plus les simples sujets de convoitise et de conflits entre les hommes que des femmes fortes pratiquant les arts martiaux et capables de se défendre par elles-mêmes.

Il est amusant de constater que le roman « Au bord de l’eau » sera précisément critiqué au début du 20ème siècle par les réformateurs chinois pour cette vision archaïque de la place de la femme dans la société. Notons enfin que la version originale du roman a été composée sous les Yuan, c.à.d. une dynastie mongole non-chinoise.

Cette façon de procéder, chez un universitaire sérieux dont les travaux sont ordinairement de qualité, rejoint malheureusement une tendance fréquente chez certains historiens et sinologues qui, par naïveté ou idéologie, parfois les deux, tendent à idéaliser à la fois le passé et l’objet de leur étude.

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Wei Zhao, Mulan la guerrière (2009)

Elle résulte aussi indirectement de la mise en œuvre depuis les années 1980 du soft-power chinois, notamment dans les milieux médiatiques, académiques et culturels – les plus enclins à l’ingénuité eidétique et à la propagation de la bonne parole.

Comme nous allons le voir, les « preuves » avancées sont d’autant moins probantes qu’elles sont, en réalité, des exceptions confirmant la règle générale voulant que depuis des siècles et jusqu’au premier quart du 20ème siècle, les femmes chinoises ne pratiquaient jamais les arts martiaux.

Mais commençons par examiner l’un des personnages féminins, le seul connu du grand public, cité à titre d’exemple par l’historien : Mulan. Il s’avère que, non seulement la légende de Mulan a énormément varié au fil du temps, et a été utilisée pour servir des idéologies différentes selon les époques, mais que prendre cet exemple était en l’occurrence particulièrement mal choisi.

Comme pour la Veste Tang à brandebourgs (voir La Tenue de Tai Chi : un pyjama ? un kimono ?…Chinoise ? ), la Chine semble bien parfois être touchée d’une étrange malédiction lorsqu’il s’agit de choisir certains de ses symboles nationaux…

L’article étant plus long qu’à l’accoutumée, les lecteurs pressés souhaitant arriver rapidement au surprenant dénouement de l’histoire de Mulan, peuvent soit utiliser la table des matières, soit se rendre directement ici : Le véritable Mulan : un Monsieur Licorne Nomade ? 

Femmes Chinoises et Kungfu (1) – Mulan 

Mulan 木兰, une héroïne nationale aussi Disney que chinoise

chinoises kungfu Femmes Hua Mulan 2009 Film Affiche Originale
Hua Mulan (2009)

La trame de la légende de Mulan 木兰, la Jeanne d’Arc du récit national chinois, popularisée à l’étranger par le film d’animation Disney à la fin des années 1990 et sa mise à l’écran dans un film à grand spectacle chinois en 2009, est généralement bien connue.

Afin de sauver son père de la conscription obligatoire dans les troupes impériales, ses frères n’étant encore que des enfants, Mulan se fait passer pour un homme et prend sa place. Guerrière extraordinairement douée en kungfu, elle va combattre victorieusement pendant douze ans sur de nombreux champs de batailles et aider à repousser les envahisseurs.

En récompense de ses loyaux services, l’empereur lui propose un poste important mais elle refuse, regagne sa famille et revêt enfin à nouveau ses habits de femme.

Hua Mulan (2009) – Bande annonce

Femmes Chinoises et Kungfu (1) – Mulan 

La dévotion filiale de la Mulan des origines

L’on ne connaît pas avec certitude l’origine exacte de la légende de Mulan mais les historiens s’accordent à dire qu’elle a été composée à partir d’une ballade populaire datant des Wei du Nord (386-534). Il n’y a aucune certitude non plus quant à l’historicité du personnage de Mulan et peut-être s’agit-il simplement d’un personnage inventé pour les besoins de la ballade.

chinoises kungfu Femmes Hua Mulan AncienNotons à ce propos que l’aspect légendaire de Mulan et le flou entourant sa tradition orale sont ce qui permettra sa très grande plasticité et la variété de ses adaptations ultérieures. Un personnage historique attesté et documenté ne l’aurait jamais permis.

La première trace écrite de la tradition orale de la Ballade de Mulan n’apparaît en effet qu’au 12ème siècle, sous la forme d’une chanson et d’un poème compilés dans un recueil de textes anciens. L’anthologie date la première formalisation écrite à l’époque Tang (618-906)8.

Dans ces versions originales très courtes, dont nous donnons en fin d’article la traduction en français, il y a peu de détails sur Mulan et sa vie parmi les autres soldats. Elles sont avant tout des odes aux relations familiales. La morale principale de l’histoire est la dévotion de l’héroïne à sa famille et à son père. Par son subterfuge, elle s’oppose également au pouvoir oppresseur de conscription de l’état et de l’empereur. 

Oubliées de tous dans les archives impériales où elles sont confinées, ces premières versions écrites de la légende de Mulan vont rester inconnues pendant des siècles.

Femmes Chinoises et Kungfu (1) – Mulan 

La Mulan confucianiste des Ming

La légende de Mulan ne va en effet être ressuscitée, et plus largement diffusée parmi l’élite chinoise, que cinq siècles plus tard, sous les Ming, avec la pièce de théâtre du lettré Xu Wei (1521-1593) appelée « La femelle Mulan remplace son père à l’armée » (雌木兰替父从军 ci mulan ti fu cong jun)9.

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Mulan quitte ses parents

Xu Wei va être le premier à donner un nom de famille à Mulan : elle s’appellera dorénavant Hua Mulan 花木兰

L’étymologie attribuée au nom mulan renvoie au sens de « fleur parfumée » (ou parfois, sans preuve linguistique tangible, plus précisément à « magnolia »).  Le nom de famille introduit par Xu Wei,  hua 花 signifiant « fleur », va, ce faisant, féminiser à outrance le personnage qui se dénommera donc dorénavant « FLEUR Magnolia »…

Xu Wei va également étoffer la légende et  introduire d’autres nouveautés : Mulan va désormais être présentée en train de s’entraîner à l’épée, au bâton et au tir à l’arc, et elle devra affronter la figure d’un bandit du nom de « Peau de Léopard », le leader de la rébellion contre l’empereur. En introduisant le prototype du méchant dans l’histoire, Xu Wei fait également basculer les rôles, le scélérat n’est plus l’empereur mais le rebelle Peau de Léopard.

L’idéologie confucianiste étant depuis longtemps devenue la norme au 16ème siècle, en bon lettré gardien des normes sociales, Xu Wei va également modifier la légende originelle pour l’adapter aux mœurs et à la morale du temps. Dans sa pièce en effet, dès son retour au village, Mulan, alias Fleur Magnolia, va confirmer à ses parents qu’elle est bien toujours vierge, et, par un mariage arrangé par son père, être unie séance tenante  au fils du voisin venant de réussir aux examens mandarinaux10.

Nous verrons dans la seconde partie de cet article qu’il apportera également une nouveauté particulièrement importante dans la légende.

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Mulan est de retour

En définitive, pour le sujet qui nous occupe plus spécialement, la morale de la pièce « La femelle Mulan » de l’époque Ming  est précisément l’inverse de celle de l’histoire d’une femme guerrière. Ce que décrit Xu Wei est une fiction dans laquelle une jeune femme, quittant provisoirement l’ensemble de ses attributs féminins pour endosser ceux d’un homme, les retrouvent à la fin de la pièce.  

Après cet intermède exceptionnel et littéralement anormal, tout est donc bien qui finit bien puisqu’elle revient sagement aux tâches domestiques qu’elle n’aurait normalement jamais dû quitter.

Ce qu’il donne à voir en réalité est que la pratique des arts martiaux par une femme chinoise ne peut être qu’une anomalie temporaire, qui, même fictionnelle, se doit d’être réparée  par la chute de la pièce. Loin de prouver que les femmes chinoises pratiquaient les arts martiaux sous les Ming, la légende de Mulan de Xu Wei révèle ainsi, à l’inverse, que cela était une étrangeté tellement singulière qu’il fallait d’abord, symboliquement, qu’elle « devint un homme » pour les pratiquer.

Femmes Chinoises et Kungfu (1) – Mulan 

La Mulan loyaliste des Qing

Avec l’arrivée au pouvoir d’envahisseurs étrangers, la dynastie Qing (1644-1911) des Mandchous, les préoccupations changent et la nature de la légende de Mulan avec elles.

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Mulan en armes

L’histoire s’étoffe et les variantes se multiplient. Les différentes versions de la légende qui circulent à l’époque introduisent ainsi plusieurs nouveaux personnages et de nombreux changements : Mulan porte un nom de famille différent et s’appelle Zhu Mulan ; elle est désormais originaire de la province du Hubei, apprend des techniques secrètes de son grand-père, se bat contre l’esprit d’un renard, est faite princesse par l’empereur Taizong quand elle lui révèle qu’elle est une femme,…)

L’une des adaptations de la légende la plus connue – qui servira plus tard de base à des versions populaires écrites en langue vernaculaire – est « Un couple de Lièvres » écrite par le prince mandchou Yong En. Dans celle-ci, Mulan ne remplace plus son père mais son frère Hua Hu. A son retour chez elle, elle y retrouve les deux petits lapins de son enfance, la jeune sœur du chef des bandits Peau de Léopard tombe amoureuse de Mulan et la déesse bouddhiste Guanyin lui apparaît.

Dans la compilation « Romances Historiques des Sui et des Tang » du 17ème siècle, la légende de Mulan présente par ailleurs une caractéristique intéressante sur laquelle nous reviendrons : elle est désormais présentée comme une métisse, fille d’un père turc et d’une mère chinoise.

chinoises kungfu Femmes hua mulan peinture lanceEn sus de l’ajout de phénomènes surnaturels et de nouveaux personnages, le point commun des légendes de Mulan revisitées lors de la dynastie Qing est que la piété filiale d’une fille envers son père (xiao 孝) s’efface progressivement devant la loyauté à l’empereur (zhong 忠) lorsqu’il s’agit de bouter les envahisseurs hors de l’empire.

Sous ou forme ou sous une autre, la morale confucéenne ne s’estompe toutefois pas totalement pour autant et, loin des happy-ends des époques précédentes, l’histoire se dramatise dans plusieurs adaptations où Mulan finit par se suicider.

Peut-être s’agissait aussi dans ces derniers cas d’une forme de résistance passive des auteurs contre les dirigeants Mandchous  qui dépeignaient ainsi une Mulan d’une piété filiale absolue mais désobéissant à l’empereur (notamment lorsque l’empereur veut la prendre dans son harem) en se suicidant. 

La dévotion à l’empereur primant néanmoins la fidélité aux valeurs familiales et la morale confucéenne, la chasteté et le mariage final de Mulan deviennent secondaires et ne sont plus mentionnés.

Avec l’arrivée des puissances occidentales en Chine, les dernières versions de la légende glorifient au 19ème siècle en effet avant tout la loyauté de Mulan à son empereur, quand bien même ce dernier serait, comme avec les Mandchous, un étranger – et bien qu’elle ne soit pas elle-même purement chinoise.

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Mulan “guerrière-lettrée” et son épée

Estompée par l’introduction de la substitution dans l’armée de Mulan à son frère au lieu de son père, la dévotion filiale s’efface devant celle à l’empereur.

Pour insister sur la loyauté absolue à l’empereur d’où qu’il vienne, la légende est supposée se dérouler à une période de l’histoire pendant laquelle la Chine était adéquatement dirigée par des empereurs non-chinois (i.e. Wei du Nord). En somme, quoi qu’il en soit des contingences historiques et ethniques, un bon sujet se doit de servir et de défendre l’empire contre les agressions extérieures.

 

Femmes Chinoises et Kungfu (1) – Mulan 

 

Mulan au 20ème siècle : nationaliste, féministe et militariste

Dès le début du 20ème siècle, Mulan change de rôle et va devenir l’archétype de l’exemplarité pour les réformateurs chinois. Elle va être concurremment convoquée au service de trois causes qui leur importent alors : nationalisme, féminisme et militarisme (les deux dernières étant des moyens de réalisation de la première).

chinoises kungfu Femmes Liang Qichao
Liang Qichao

En phase de début de construction d’un état-nation depuis la fin du 19ème siècle, il s’agit de moderniser et d’unifier la Chine. Elle est considérée comme « l’homme malade de l’Asie » et les critiques internes portent notamment sur la culture traditionnelle chinoise qui produirait, selon celles-ci, des hommes faibles et des femmes opprimées.

La Chine qui s’était toujours pensée comme « la civilisation », se rend compte avec stupéfaction qu’elle est vue à l’étranger comme arriérée et barbare. Son retard technologique a été rendu encore plus criant par sa défaite contre l’ancien vassal japonais, réformé avant elle à l’ère Meiji. Pour retrouver sa place, il lui faut impérativement entreprendre une “révolution culturelle” avant l’heure, moderniser son armement et militariser les esprits.

La Chine découvre aussi qu’une partie des mœurs traditionnelles, notamment l’extrême sujétion des femmes, la font considérer comme inférieure et primitive. Pour les réformateurs, la place des femmes chinoises dans la société et la place de la Chine dans le monde sont intimement liées11.

Les intellectuels chinois formés à l’étranger commencent alors à importer et à diffuser les idées et modèles occidentaux, avec notamment, pour ce qui nous concerne ici, le modèle des héroïnes patriotiques et révolutionnaires.

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Manon Roland

Dans le « Magazine des Nouveaux Citoyens », l’un des réformateurs les plus influents, Liang Qi Chao12, fait ainsi en 1902 l’apologie de Manon Roland comme « L’héroïne N°1 des temps modernes » et un exemple de femme révolutionnaire. Madame Roland sera même popularisée par une mise en scène en opéra.

Mais dans le mouvement contestataire et identitaire de l’époque, il est impossible de se contenter d’importer des modèles étrangers. Une partie de l’élite chinoise va donc s’attacher à trouver dans l’histoire impériale des personnages féminins qui puissent être présentés comme les homologues chinoises des héroïnes occidentales. De loin la plus connue d’entre toutes, Mulan va alors être mise sur le devant de la scène.

Dès 1903, une adaptation de la légende de Mulan est scénarisée pour un opéra de Pékin : « Mu Lan rejoint l’armée ». Il ne s’agit plus pour elle de protéger son père mais de servir son pays et de faire honte à son cousin, pratiquant d’arts martiaux mais trop pleutre pour rejoindre l’armée13. Elle y déclare sans ambages qu’elle agit pour la nation et la race chinoise.

La piété filiale a complètement disparu et, dans ce nouveau scénario, Mulan ne rentre même plus retrouver sa famille à la fin de la pièce. La morale confucianiste sur la place et la chasteté de la femme disparaît également des adaptations de l’époque. Le patriotisme doit non seulement dépasser les intérêts familiaux mais aussi transcender les sexes. On est patriote avant d’être une femme.

Pour les réformateurs traditionnalistes qui veulent s’approprier les modèles occidentaux tout en conservant et revisitant des pans entiers de la culture traditionnelle à l’aune de ces idées, l’objectif est aussi d’éviter l’occidentalisation complète des élites urbaines des grandes villes chinoises, et tout particulièrement des femmes qui commencent à s’y émanciper.

chinoises kungfu Femmes FuNüshibao 1912
Magasine “Le Temps des Femmes”, funü shibao, 1912

Pour lutter à la fois contre les radicaux qui prônent une remise en cause totale de la culture chinoise, et éviter de se mettre à dos ces femmes désormais influentes, il faut leur présenter une solution alternative au modèle des héroïnes occidentales et leur montrer que de telles femmes ont aussi existé dans la civilisation chinoise.

Le plus connu des journaux féminins du début de siècle, le « Monde des Femmes » (nüzi shijie 女子世界), va ainsi dans ses articles, entre 1904 et 1907, dépoussiérer et mettre en avant les femmes chinoises qui, dans l’histoire chinoise, se sont fait remarquer pour leurs actions héroïques.

Venant faire le pendant des traditionnels chevaliers errants masculins wuxia 武侠, une nouvelle catégorie romanesque idoine va même être créée, les « femmes chevaleresques » nüxia 女俠, et donnée en modèle à suivre aux femmes de l’élite chinoise. Jusqu’alors, la catégorie littéraire principale pour les femmes était “Les biographies de femmes exemplaires” lienü zhuan 列女傳, un traité confucianiste de morale, repris à de nombreuses reprises depuis sa création au 1er siècle avant notre ère, et qui les enjoignaient à être respectueuses, chastes, obéissantes,.. L’épouse du roi Zhao du royaume de Zhu, qui préféra se suicider à la mort de son époux, était ainsi donné en modèle de chasteté. 

En réaction à la parution en 1903 de deux livres, « Douze héroïnes du monde » et « Dix héroïnes du monde », vantant les mérites des femmes étrangères, va paraître en 1906 la « Bibliographie des grandes femmes de notre pays » dans laquelle Mulan est prise en exemple, non plus de piété filiale mais d’une citoyenne et d’une patriote :

« Toutes les femmes connaissent le nom de Mulan et il est inutile de la décrire ou de faire à nouveau son éloge. Alors qu’elle n’est habituellement considérée que comme une fille dévouée à son père, j’affirme qu’elle était une femme citoyenne et militante de notre nation. […] Cela ne fait-il pas d’elle un défenseur avide de sa race ? Je suis persuadé que si. Lecteurs, ne célébrez pas uniquement Mulan pour sa piété filiale, célébrez son courage ! »14.

chinoises kungfu Femmes Jeanne d'Arc funü shibao N4 05 Novembre 1911
Jeanne d’Arc – Magasine funü shibao Nov. 1911

S’il faut y promouvoir les valeurs martiales, dont le courage est la première qualité, le livre de Xu Dingyi est une réponse patriotique au succès grandissant du modèle des femmes occidentales dans l’imaginaire de l’élite chinoise de l’époque.

Certaines femmes chinoises vont de fait complètement intégrer et faire leurs ces nouvelles valeurs. L’archétype de l’engagement féministe et nationaliste de l’époque va ainsi être incarné par la révolutionnaire Qiu Jin 秋瑾, qui se désignait elle-même par « La femme chevalier-errant du Lac Jian » (jianhu nüxia).

Ayant fomenté une rébellion contre les Qing, elle sera exécutée en 1907 et va devenir la première femme martyre du nationalisme chinois naissant. Pour promouvoir les figures des héroïnes nationales à l’étranger, la Chine lui a même récemment consacré un film : “Qiu Jin, la guerrière”.  

“Qiu Jin la guerrière” (2012)15

Avec la légende nationalisée de Mulan, il s’agit également de challenger les hommes chinois et de les inciter à s’engager pour la patrie. Si les femmes sont prêtes à se sacrifier pour leur pays, comment les hommes ne pourraient-ils pas le faire ? Ce qui leur demandé en creux est : les femmes chinoises auraient-elles plus de courage que vous les hommes ?

Avec l’apparition du cinéma, Mulan fait, dès 1927, son apparition à l’écran et reprend, sous le même nom « Mulan rejoint l’armée », le thème du patriotisme. En 1939, parfaitement en phase avec les événements du moment,  une nouvelle version du film « Mulan rejoint l’armée » – dont on se demande s’il se veut comique ou simplement d’une naïveté confondante – connaît un immense succès lors de l’occupation japonaise.

“Mulan rejoint l’armée” (1939)

Femmes Chinoises et Kungfu (1) – Mulan 

1998, la mondialisation animée de Mulan

La légende sera à nouveau portée à l’écran en 1956, puis à plusieurs reprises depuis, sous la forme de contes, de bandes dessinées, de dessins animés et de séries TV en Chine. Grand cru de la légende de Mulan, c’est toutefois l’année 1998 qui va constituer un tournant majeur pour l’héroïne.

Cette année prolifique verra, en effet, à la fois l’apparition en Chine d’une série fleuve en 48 épisodes dont les Chinois raffolent, d’un surprenant dessin animé pour enfants en anglais dans lequel Mulan est une chenille qui se transforme en papillon, d’une animation sino-chinoise et d’une australienne, d’un jeu vidéo et enfin et surtout, du film d’animation de Disney qui va mondialiser la légende de Mulan.

chinoises kungfu Femmes Hua Mulan Affiche Mulan 2 2004
Mulan 2 (2004)

Fidèle aux standards des films américains, il y a dans la version dorénavant globalisée de la légende de Mulan les bons et les (très) méchants, une belle histoire d’amour, et un happy end. Surtout, au cœur de l’histoire, la Mulan américanisée porte en réalité des valeurs opposées à celles de sa consœur originale chinoise.

Dans une culture holistique, comme celle de la société chinoise ancienne, l’intérêt du groupe prime celui des individus et Mulan défend avant tout, comme nous l’avons vu, tour à tour sa famille, l’empire ou la nation.

A l’inverse, dans une culture moderne hyper-individualisée comme celle de la société américaine, la Mulan made in USA veut avant tout, en s’engageant dans l’armée, échapper au mariage arrangé, vivre sa vie indépendamment des choix de sa famille et s’accomplir. Mulan est dans une logique de “développement personnel” et elle ne prend d’ailleurs même plus le temps de prévenir ses parents qu’elle va s’engager dans l’armée.

L’animation Disney avait suscité en Chine des réactions mitigées allant de la satisfaction de voir une légende chinoise ainsi mise à l’honneur dans le monde entier, aux mécontentements de grognons qui n’appréciaient pas les modifications de la légende de Mulan à la sauce américaine. Il avait tout de même fallu que le film passe auparavant la censure chinoise qui voit les films américains comme un “impérialisme culturel”. Le président de Disney avait du se déplacer en personne à Pékin en 1997 et les  studios de Hollywood s’étaient notamment engagés en contrepartie à la diffusion de film chinois sur leur territoire et à sponsoriser la tournée d’une troupe d’acrobates chinois en Europe.

Elle avait, par contre, fait réagir les nationalistes turcs qui manifestèrent leur indignation devant les traits jugés trop caricaturaux des Huns (les méchants barbares de l’animation), qu’ils considèrent comme leurs illustres ancêtres ethno-linguistiques.

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Shan Yu, le chef des Huns

Etant persuadé que le film donnait une image encore plus négative du “peuple turc” que ne l’avait fait Midnight Express en son temps, ils en avaient même demandé l’interdiction.

On pourra noter que cette position est pour le moins surprenante pour un parti nationaliste qui revendique précisément sa filiation avec ces terribles guerriers des steppes et que ceux-ci furent, de toute évidence, des peuples, qui – quand ils ne s’affrontaient pas les uns les autres et réussissaient à s’unir sous la bannière d’un chef charismatique – avaient érigé comme nul autre, la terreur au rang d’arme de guerre psychologique.

Les massacres de masse de populations civiles pratiqués par Attila, Tarmelan ou Gengis Khan, pour ne citer que les plus célèbres, l’attestent amplement. N’en déplaise à certains historiens modernes cherchant à en atténuer la portée, à relativiser ou à tenter de “compenser” leurs massacres en mettant en avant les merveilles matérielles de leur culture (i.e. celles de Samarcande) et omettant de préciser que celles-ci sont couvertes du sang.

Aux antipodes des critiques turques, les militants de la théorie du genre se sont au contraire emparés de la légende et ont trouvé en Mulan une alliée de poids venant “démontrer” que, il y a plus de 1500 ans en Chine, on s’était déjà aperçu que la différence biologique entre hommes et femmes ne jouait aucun rôle et que le genre n’était qu’une construction purement culturelle. Ils ne pouvaient en outre qu’acclamer la ballade populaire originale puisqu’elle se termine par une métaphore tirée du monde animal qu’ils affectionnent tout particulièrement à l’appui de leurs thèses :

Mulan sort de sa chambre et va voir ses compagnons d’armes,
Ses compagnons d’armes sont frappés de stupeur.
Pendant douze ans elle a marché dans leurs rangs,
Et ils ne se sont point aperçus que Mulan était une fille.
On reconnaît le lièvre qui trébuche en courant,
On reconnaît sa compagne à ses yeux effarés,
Mais quand ils trottent côte à côte, qui pourrait distinguer leur sexe ? 16

Dans la même veine, les activistes de la cause gay avaient, eux, appréciés que Disney fasse ainsi incidemment la promotion de l’homosexualité puisque le beau capitaine Shang y tombait apparement amoureux d’un homme (i.e. de Mulan qu’il prend pour un homme). A vrai dire, Disney n’était pas un précurseur en la matière puisque le film chinois de 1956, non pas dans une perspective de prosélytisme pour l’homosexualité mais de comique populaire, avait déjà joué de l’ambiguïté.

Si la version Disney de Mulan en 1998 correspondait bien aux valeurs des années quatre-vingt dix – notamment à celles d’un monde global métissé avec la mise à l’honneur d’autres cultures et la reprises de contes “exotiques” comme Pocahontas ou Aladdin –  sans doute serait-elle, si elle sortait aujourd’hui, vilipendée par certains militants extrémistes pour appropriation culturelle illicite. Ces derniers ont ainsi récemment fait interdire un cours de Yoga pour handicapés à l’université Canadienne d’Ottawa parce que l’enseignante n’était pas d’origine indienne.17.

C’est au titre de ces délirantes joyeusetés, directement importées des milieux communautaristes des universités américaines, que les cours de Tai Chi ou de Kungfu, la pratique de la médecine traditionnelle chinoise, l’utilisation du taijitu – le symbole yin yang – ou la cuisine chinoise pourraient par exemple se voir interdits aux “non chinois”. Les chinois étant généralement trop fiers pour se contenter d’endosser une posture victimaire, il y a néanmoins fort à parier qu’ils ne  souscrivent jamais à cette logique de ségrégation culturelle18.

Femmes Chinoises et Kungfu (1) – Mulan 

La Mulan patriotique du 21ème siècle au service du soft-power chinois

chinoises kungfu hua mulan guerrière légendaire 2009La Chine ne pouvait pas rester sans réagir à l’appropriation américaine d’une légende nationale. La réponse est venue en 2009 avec le film à gros budget (estimé à 12 millions de dollars) “Hua Mulan”, dirigé par Ma Jingle avec l’actrice Zhao Wei et Jessie Chan (le fils de Jackie Chan).

De fait, la mondialisation de Mulan par Disney aura servi à la fois de catalyseur et de tremplin à la réappropriation par la Chine de la légende. Avec l’esthétisme léché, les costumes d’époque et le kungfu en plus, il est intéressant de noter que la version chinoise du film Mulan reprend de fait une grande partie des codes du cinéma grand public américain – et de ses films de guerre « made in Holly-war » – avec sa dose sur-vitaminée de patriotisme, de manichéisme et de sentimentalisme.

Si Mulan reste bien, comme à la période précédente, au service du patriotisme chinois, elle est aussi mise à contribution dans le film pour la diffusion de la bonne parole du soft-power chinois. Le réalisateur Ma Jingla déclarait ainsi sur Phoenix TV en novembre 2009 que « Hua Mulan est le reflet de mon patriotisme. [A travers ce film] je parle de mon support à la Chine ».

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“Tai Chi de Mulan”, Journée Internationale de la Femme, Shanghai 2009

Alors que l’aspect nationaliste est avant tout à destination du public chinois, il s’agit en effet aussi de valoriser auprès du public étranger les valeurs supposées des femmes  « traditionnelles » chinoises.   La jolie Mulan y apparaît ainsi comme un condensé de qualités dorénavant prêtées aux femmes chinoises et de la place qu’elles sont supposées avoir occupé dans la société.

C’est à ce titre que Mulan sera mise à l’honneur à la sortie du film en 2009 à Shanghai lors de la 99ème journée internationale des femmes. A cette occasion, des enchaînements de “kungfu”, créés pour l’occasion, seront exécutés par près 10 000 femmes pour célébrer la nouvelle icône du féminisme chinois. Malgré leurs noms, “Boxe de Mulan” (mulan quan 木兰拳) ou “Epée de Mulan” (mulan jian 木兰剑), ces enchaînements –  et ceux créés depuis lors pour surfer sur la vague commerciale – sont en réalité aussi martiaux que Mulan était féministe et se résument à une forme de danse gymnique en tenue de tai chi.

Nous reviendrons plus en détail dans la seconde partie de cette article sur la façon dont les productions cinématographiques, notamment celles des films arts martiaux,  s’insèrent dans la stratégie globale du soft-power Chinois.

chinoises kungfu hua mulan zhao wei guerrière légendaire 2009
L’actrice Zhao Wei

Evidemment belle, Mulan est libre et s’entraîne depuis son enfance au kungfu avec les garçons du village (où sont donc implicitement supposées régner la non séparation des sexes et l’égalité de traitement homme-femme) ; elle est une bonne fille et écoute sans broncher les griefs de son père ; elle est à la fois une guerrière hors pair et une femme amoureuse ; …

Mais surtout, à l’inverse de sa consœur animée américaine, la Mulan authentiquement chinoise sacrifie son bonheur individuel pour le bien du groupe. Elle choisit en effet de sacrifier son grand amour à une cause qui la dépasse, celle de la paix du royaume.

Mais l’Oncle Sam n’a pas dit son dernier mot et un nouveau film Disney, remake de son animation de 1998, est en cours et prévu pour une sortie sur les écrans en 2019 en Chine avec Liu Yifei dans le rôle principal ainsi que Jet Li et Gong Li (voir trailer ci-dessous).

Femmes Chinoises et Kungfu (1) – Mulan 

Trailer Mulan Disney 2019

Le véritable Mulan : un Monsieur Licorne nomade ?

Comme nous l’avons brièvement mentionné en début d’article, il est étrange et presque incompréhensible que la Chine ait choisi Mulan comme symbole national de « femme résistante ». Les historiens savent en effet bien qu’au moment où la ballade a été composée, sous les Wei du Nord, la Chine était dirigée par une ethnie étrangère, les Tuoba, c.à.d. une tribu des steppes de langue altaïque.

Une ballade nomade

chinoises kungfu hua mulan tuoba kaghan xianbeiDe nombreux éléments de la ballade, comme le style narratif, pointent clairement l’origine de la composition de la légende vers ces populations étrangères. Le terme même utilisé pour appeler l’empereur dans la ballade originale n’est pas le mot chinois huangdi 皇帝 mais le terme nomade de qaghan (ou kaghan), c.à.d. le titre d’empereur chez les Turcs et les Mongols (signifiant khan des khans, roi des rois).

En érigeant Mulan en héroïne, la Chine a de facto inscrit dans son roman national une légende populaire de ses ennemis héréditaires –  ceux contre lesquels la Grande Muraille de Chine était supposée protéger l’empire – les pasteurs nomades des steppes du Nord qui ne cesseront de razzier, d’envahir et de conquérir l’empire tout au long de son histoire.

Bien que cela soit passé sous silence par l’historiographie chinoise, sur ses deux mille deux cents ans d’histoire, quand il ne sera pas désuni, l’empire chinois sera pendant environ neuf siècles, soit près de 40% du temps, sous la domination étrangère de ces tribus non chinoises (i.e. non ethniquement han).

Ce sera notamment le cas avec les Khitans de la dynastie Liao (907-1125), les Jürchens de la dynastie Jin (1115-1234), les Mongols de la dynastie Yuan (1206-1368), et les Mandchous de la dynastie Qing (1644-1911).

chinoises kungfu Femmes Hua Mulan Jeanne dArc 1956 TaiwanUne étude récente a même montré19 que les grandes dynasties Sui et Tang, pourtant réputées entièrement chinoises, furent elles aussi fondées, et à l’origine dirigées, par les nomades Tuoba.

Il s’agirait donc en réalité dans la ballade de Mulan d’un conflit entre peuples des steppes, de la lutte entre les tribus proto-turques Tuoba et les Ruanruan, une tribu proto-mongole, de la guerre entre les nomades qui avaient conquis et dirigeaient alors la Chine et ceux qui voulaient toujours l’envahir.

On est finalement bien loin de la légende dorée de Mulan érigée en Jeanne d’Arc de la nation chinoise et d’une lutte de l’empire sédentaire chinois contre les hordes nomades. Mais il y a plus.

Une Mulan bien virile

L’analyse historique et linguistique menée par l’historien chinois Chen Sanping montre que l’étymologie du nom Mulan, dont on on pensait qu’elle renvoyait, comme nous l’avons vu, au sens de « fleur parfumée », est en réalité erronée.

chinoises kungfu Femmes hua mulan Liu Yifei 2020 Disney
L’actrice Liu Yifei (Mulan Disney 2020)

Mulan n’est pas un prénom féminin, n’est pas un nom de fleur, et n’est pas non plus chinois, mais la transcription en chinois d’un prénom masculin des Tuoba (signifiant « viril », « grand ») ainsi que le nom d’un de leurs clans. Mulan ne serait donc pas une femme, mais un homme.

Plusieurs auteurs avaient d’ailleurs déjà remarqué que la légende originale n’indique pas de travestissement de Mulan. Ce qu’elle décrit est simplement ses achats d’équipements militaires lors de son engagement initial dans l’armée, et son changement de tenue à son retour – passant simplement d’une tenue militaire à civile. Si tel est bien le cas, le compilateur lettré de la cour, qui a pour la première fois couché sur le papier la ballade orale des nomades, pensant que Mulan ne pouvait qu’être une femme étant donné son prénom typiquement féminin, l’aurait par la même occasion modifiée pour lui donner du sens.

Un Mulan unicorne

Selon les recherches de Chen Sanping, l’étymologie montre, par ailleurs, que le mot mulan est la transcription en chinois du mot bulan ou buklan en langue Tuoba qui signifie « licorne ». Contrairement à son symbolisme de paix et de sagesse dans la culture chinoise (qilin 麒麟), la licorne, et de manière plus générale les cervidés, sont, chez les peuples eurasiens, des symboles de virilité associés à la fonction guerrière.

En d’autres termes, Mulan ne serait pas une jeune femme chinoise appelée Magnolia mais un homme nomade surnommé « licorne », ou appartenant au clan des Licornes.

chinoises kungfu hua mulan licorne Elasmotherium sibiricum
Licorne sibérienne (Elasmotherium sibiricum)

Lorsque l’on sait ce à quoi devait ressembler l’animal à l’origine du mythe de la licorne, la « licorne sibérienne » Elasmotherium sibiricum, un « rhinocéros des steppes » avec ses quelques 2 mètres de hauteur, 4,5 mètres de longueur, sa corne de 1,5 mètres et ses presque 4 tonnes – on comprend mieux, qu’au même titre que l’auroch, il soit devenu légendaire et ait été associé aux chasseurs et aux qualités viriles.

Une découverte récente, faite en 2016 au Kazakhstan, a montré que, contrairement à ce qui avait été longtemps pensé, l’Elasmotherium sibiricum a en réalité disparu tardivement, il y a moins de 30 000 ans, et a donc bien pu côtoyer les hommes.

Tout comme pour les exemples que nous avons indiqués en introduction, le choix de Mulan par S. Henning, et, à sa décharge, par les nationalistes chinois du début du 20ème siècle, était donc particulièrement peu judicieux pour appuyer sa thèse. Mais ce n’était qu’une illustration liminaire et nous viendrons, dans la seconde partie de cette série d’articles sur les femmes chinoises et le kungfu, à la raison de fond qui, de manière incontestable, invalide l’idée selon laquelle, elles auraient de tout temps pratiqué les arts martiaux.

Pour ceux intéressés par les sources, nous avons cette fois pris le temps d’indiquer les références (livres, articles et thèses, en anglais) sur lesquelles est basé cet article : Livre et références Mulan. 

Femmes Chinoises et Kungfu (1) – Mulan 

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Mulan – Les films, séries TV, animations et opéras filmés

Afin d’illustrer la variété des adaptations filmées de l’histoire de Mulan, nous avons réuni ici une collection d’extraits vidéos des principales versions filmées, avec notamment des inédits disponibles uniquement en Chine (comme le trailer du nouveau film Mulan de Disney prévu en 2019 ou 2020, ou encore de l’opéra filmé de 1939).

Cliquez  sur la vignette pour voir l’extrait souhaité

Femmes Chinoises et Kungfu (1) – Mulan 

Les affiches des films, séries TV et animations de Mulan

Pour les cinéphiles et aficionados de la guerrière chinoise, nous avons aussi collecté et regroupé ci-dessous les affiches des films, séries TV, DVD et animations de la légende de Mulan de 1939 à aujourd’hui.

chinoises kungfu Femmes Hua Mulan Affiche congjun 1939
Mulan rejoint l’armée (1939)
chinoises kungfu Femmes Hua Mulan Affiche Opera 1956 Chang Xiangyu
Hua Mulan (1956)
chinoises kungfu Femmes Hua Mulan Affiche Opera 1956 DVD
DVD Mulan rejoint l’armée (opéra filmé 1956)
chinoises kungfu Femmes Hua Mulan Affiche Opera 1956 DVD
DVD Mulan rejoint l’armée (opéra filmé 1956)
chinoises kungfu Femmes Hua Mulan Affiche 1964
Hua Mulan (1964)
chinoises kungfu Femmes Hua Mulan Affiche 1964 DVD
Hua Mulan DVD (film 1964)
chinoises kungfu Femmes Hua Mulan Affiche Mulan TV serie 1998
Mulan rejoint l’armée TV (1998)
chinoises kungfu Femmes Hua Mulan Affiche 2004 DVD
Hua Mulan DVD (2004)
chinoises kungfu Femmes Hua Mulan Affiche Femme Guerriere 2009
Hua Mulan, la guerrière (2009)
chinoises kungfu Femmes Hua Mulan Affiche 2013 DVD 57 épisodes
Hua Mulan DVD 57 épisodes (2013)
chinoises kungfu Femmes Hua Mulan Affiche mulan 40 episodes 2015-DVD
Mulan DVD 40 épisodes (2015)
chinoises kungfu Femmes Hua Mulan Affiche Disney 1998
Mulan (Disney 1998)
chinoises kungfu Femmes Hua Mulan Affiche Mulan 2 2004
Mulan 2 (Disney 2004)
chinoises kungfu Femmes The Secret of Mulan Affiche 1998 Dessin Anime Sino USA
The Secret of Mulan (1998)
chinoises kungfu Femmes Hua Mulan Affiche 1998 Dessin Anime USA
Mulan (1998)

Femmes Chinoises et Kungfu (1) – Mulan 

Traduction française de la Ballade de Mulan

Cette traduction en français de la première version écrite de la Ballade de Mulan est celle de Stanislas Julien. Il fut le premier à traduire en français la légende de Mulan et à la faire connaître en France dès 1834.

La ballade de Mulan

T si-tsi, puis encore tsi-tsi.
Mulan tisse devant sa porte.
On n’entend pas le bruit de la navette ;
On entend seulement les soupirs de la jeune fille.

« Jeune fille, à quoi songes-tu ?
Jeune fille, à quoi réfléchis-tu ?
La jeune fille ne songe à rien,
La jeune fille ne réfléchit à rien.

« Hier j’ai vu le livre d’enrôlement,
L’empereur lève une armée nombreuse.
Le livre d’enrôlement a douze chapitres ;
Dans chaque chapitre j’ai vu le nom de mon père !
Ô mon père, vous n’avez point de grand fils ;
Ô Mulan, tu n’as point de frère aîné !
Je veux aller au marché pour acheter une selle et un cheval ;
je veux, de ce pas, aller servir pour mon père.»

Au marché de l’orient elle achète un cheval rapide;
Au marché de l’occident elle achète une selle et une housse;
Au marché du midi, elle achète un long fouet ;
Au marché du nord elle achète un long fouet.

Le matin elle dit adieu à son père et à sa mère ;
Le soir elle passe la nuit sur le bord du fleuve Jaune.
Elle n’entend plus le père et la mère qui appellent leur fille:
Elle entend seulement le sourd murmure des eaux du fleuve Jaune.
Le matin elle part et dit adieu au fleuve Jaune.
Le soir elle arrive à la source de la rivière Noire.
Elle n’entend plus le père et la mère qui appellent leur fille ;
Elle entend seulement les sauvages cavaliers de Yen-chan.

– J’ai parcouru dix mille milles en combattant ;
J’ai franchi avec la vitesse de l’oiseau les montagnes et les défilés.
Le vent du nord apportait à mon oreille les sons de la clochette nocturne;
la lune répandait sur mes vêtements de fer sa froide et morne clarté.
Le général est mort après cent combats.

Le brave guerrier revient après dix ans d’absence.
A son retour, il va voir l’empereur.
L’empereur est assis sur son trône :
Tantôt il accorde une des douze dignités ;
Tantôt il distribue cent ou mille onces d’argent.

L’empereur me demande ce que je désire.
Mulan ne veut ni charge ni emploi.
Prêtez-lui un de ces chameaux qui font mille milles en un jour,
Pour qu’il ramène un enfant sous le toit paternel.

Dès que le père et la mère ont appris le retour de leur fille,
Ils sortent de ville et vont au-devant d’elle.
Dès que les soeurs cadettes ont appris le retour de leur soeur aînée,
Elles quittent leur chambre, parées des plus riches atours.
Dès que le jeune frère apprend le retour de sa soeur,
Il court aiguiser un couteau pour tuer un mouton.

« Ma mère m’ouvre le pavillon de l’orient,
Et me fait reposer sur un siège placé à l’occident.
Elle m’ôte mon costume guerrier et me revêt de mes anciens habits.
Mes soeurs, arrêtées devant la porte,
Ajustent leur brillante coiffure,
Et, à l’aide du miroir, enlacent des fleurs d’or dans leurs cheveux.

Mulan sort de sa chambre et va voir ses compagnons d’armes ;
Ses compagnons d’armes sont frappés de stupeur.
Pendant douze ans elle a marché dans leurs rangs,
Et ils ne se sont point aperçus que Mulan était une fille.
On reconnaît le lièvre qui trébuche en courant,
On reconnaît sa compagne à ses yeux effarés,
Mais quand ils trottent côte à côte,
Qui pourrait distinguer leur sexe ?

木兰辞

唧唧复唧唧
木兰当户织
不闻机杼声
唯闻女叹息

问女何所思
问女何所忆
女亦无所思
女亦无所忆

昨夜见军帖
可汗大点兵
军书十二卷
卷卷有爷名
阿爷无大儿
木兰无长兄
愿为市鞍马
从此替爷征

东市买骏马
西市买鞍鞯
南市买辔头
北市买长鞭

朝辞爷娘去
暮宿黄河边
不闻爷娘唤女声
但闻黄河流水鸣溅溅
旦辞黄河去
暮至黑山头
不闻爷娘唤女声
但闻燕山胡骑声啾啾

万里赴戎机
关山度若飞
朔气传金柝
寒光照铁衣
将军百战死

壮士十年归
归来见天子
天子坐明堂
策勋十二转

赏赐百千强
可汗问所欲
“木兰不用尚书郎
愿借明驼千里足
送儿还故乡”

爷娘闻女来
出郭相扶将
阿姊闻妹来
当户理红妆
小弟闻姊来
磨刀霍霍向猪羊

“开我东阁门
坐我西阁床
脱我战时袍
着我旧时裳.”
当窗理云鬓
对镜贴花黄
出门看火伴

火伴皆惊惶
同行十二年
不知木兰是女郎
“ 雄兔脚扑朔
雌兔眼迷离
两兔傍地,
安能辨我是雄雌 ? ”

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Les femmes chinoises ont-elles depuis toujours pratiqué le kungfu ? 

Mulan 木兰, une héroïne nationale aussi Disney que chinoise 

La dévotion filiale de la Mulan des origines 

La Mulan confucianiste des Ming 

La Mulan loyaliste des Qing 

Mulan au 20ème siècle : nationaliste, féministe et militariste 

1998, la mondialisation animée de Mulan 

La Mulan patriotique du 21ème siècle au service du soft-power chinois 

Le véritable Mulan : un Monsieur Licorne nomade ? 

Mulan : les extrait des films, animations et séries TV 

Les affiches des films, DVD, animations et séries TV de Mulan 

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Notes de l’article Femmes Chinoises et Kungfu (1) – Mulan

  1. A. de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, tome II.
  2. « Chinese women have practiced martial arts from early times » Martial arts of the World, an encyclopedia (2 tomes), Thomas A. Green, 2001, Tome 2 p. 689
  3. Quasiment tout ce qu’affirme Voltaire à propos de la Chine est faux, mais son analyse sous-jacente de la structure politique et sociale chinoise est parfaitement juste. La Chine de François Jullien est, elle, toute droit sortie d’un conte de fée, ou plus exactement de manuscrits de philosophie et d’idéologie mandarinale destinés à des mandarins. Le regretté Simon Leys, supportant le sinologue J.B. Billeter dans la controverse qui l’opposait à F. Jullien, remarque à juste titre que ce qu’il présente comme « pensée chinoise » n’est en l’occurrence que de la “pensée-Jullien”.
  4. Ci Xi ne sera en réalité que régente et n’aura jamais le titre de “fils du Ciel”.
  5. Les bandits en Chine étaient des déclassés qui vivaient en marge de la société, dans le peu de forêts qui n’avaient pas été rasées, les marais ou les montagnes. L’infime minorité de femmes qui rejoignaient ces groupes de bandits ne pouvaient que s’y faire accepter et s’imposer qu’en démontrant un caractère trempé et/ou leur habileté martiale.
  6. La proportion de déclassés a pu, dans des situations de famines exceptionnelles comme celles du 19ème siècles, monter à 15% de la population.
  7. 3 femmes sur 108 brigands, soit env. 3% x 5% de la population.
  8. Cette énorme compilation de plus de cent volumes de poèmes anciens, réalisée par Guo Maoqian indique deux versions écrites de la ballade : un « Chant de Mulan » d’auteur et de date inconnus, et un « Poème de Mulan » mulanshi écrit au 8ème s. par Wei Yuanfu, premier ministre sous les Tang (618-906).
  9. Le titre donné ici « Femelle Mulan » est la traduction littérale de la pièce de Xu Wei mais le nom est généralement euphémisé à l’étranger par « L’héroïne Mulan ».
  10. A près de trente ans (âgée de 17 ans lors de son départ, puis 12 années de campagnes militaires), Mulan aurait été une vieille fille difficilement mariable à l’époque. Aujourd’hui encore, même si l’âge au mariage évolue progressivement, une jeune Chinoise qui n’est pas mariée à 25 ans reste une exception et un sujet d’inquiétude pour ses parents. On appelle ces jeunes femmes célibataires les “femmes restantes”, 剩女 shengnü.
  11. Dans la droite ligne de C. Fourrier “Dans chaque société, le degré d’émancipation des femmes est la mesure naturelle de l’émancipation générale”.
  12. Liang Qi Chao tenait le manque d’éducation des femmes chinoises comme l’une des causes majeures de la faiblesse de la Chine.
  13. Il s’agit en creux d’une attaque contre les « vieux arts martiaux », ceux qui venaient de se révéler inefficaces lors de la révolte des Boxeurs (vs. les armes et méthodes modernes).
  14. Xu Dingyi 许定一 (1906) Zuguo nüjie weiren zhuan 祖国女界伟人传 (Biographies of the Great Women of China).
  15. Cet extrait est un excellent exemple de la mise au service  de l’idéologie marxiste à la cause nationaliste.  La perspective du matérialisme historique permet en effet de ne pas critiquer directement la Chine pour son asservissement des femmes mais la « période féodale » qu’auraient, selon celle-ci, connu toutes les sociétés. Présenter ainsi les choses, comme cela est fait dans le film, permet de dédouaner la culture chinoise de toute responsabilité puisque ce n’est donc pas la Chine en tant que telle qui opprimait les femmes, mais les “sociétés féodales”.
  16. Traduction de S. Julien, 1834. Dès la seconde version de la légende sous les Tang, ce passage final est déjà remplacé par :
    “Louable est la vertueuse intégrité de Mulan,
    modèle des sujets du monarque,
    on se souviendra de sa loyauté sans faille et de sa dévotion filiale,
    même après des milliers d’années”.
  17. Et peu importe que le Hatha Yoga soit en l’occurence une tradition réinventée récente, notamment sous l’influence de la gymnastique suédoise…  Sur ce dernier point, voir  le très intéressant livre de l’historien Mark Singleton “Yoga Body: The Origins of Modern Posture Practice”.
  18. Les autorités chinoises s’attachent toutefois, dans leur pays, à lutter contre la diffusion d’une culture globalisée allant contre l’ultra-nationalisme culturel qu’elles s’attachent à promouvoir par tous les moyens. Elles ont ainsi depuis peu pris pour les cibles les arbres et décorations de Noël au motif que ceux-ci – dans un jargon qui fleure bon le marxisme à papa – participeraient selon elles à la diffusion dans la population chinoise d’une “idéologie occidentale superstitieuse” contre lequel le communisme se doit de lutter …”.
  19. Multicultural China in Early Middle Ages, Chen San Ping, 2012.

A propos Tai Chi Lyon

Disciple officiel de la lignée du Tai Chi Chuan originel de Chenjiagou (lieu de création du Tai Chi) sous le nom Pengju 鹏举, j'ai passé plusieurs années en Chine à me former et pratiquer avec Maître Zheng Xu Dong et pratique ces dernières années la Xiaojia avec des maîtres de Chenjiagou (disciples directs du célèbre Chen Kezhong).Formé à la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC), je suis également passionné d'histoire et de culture chinoise. J'ai fondé un club de Tai Chi à Lyon en 2001 dans lequel je continue d'enseigner aujourd'hui.
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