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La respiration dans le tai chi chuan - taichi Lyon

Quel est le rôle de la respiration dans le Tai Chi Chuan ?

Quel est le rôle de la respiration dans le Tai Chi Chuan ?

Quelle est l’importance réelle de la respiration dans le Tai Chi Chuan ? Nous nous étions déjà interrogé sur les liens supposés entre Tai Chi et Médecine ChinoiseTai Chi et Yangsheng (Nourrir la Vie), ains que ceux supposés entre Tai Chi et méditation.  Nous allons voir dans ce bref article quel est le rôle de la respiration dans la pratique du Tai Chi Chuan.

Comme nous l’avons déjà indiqué ailleurs (Ce que le Tai Chi n’est pas , Les rapports entre Tai Chi et méditation et  Qu’est-ce qu’un art martial interne), le Tai Chi n’est pas une méditation en mouvement ni une pratique contemplative  et il  est même, dans ses principes, en quelque sorte l’inverse d’une méditation, tant dans ses objectifs que ses méthodes.

De même, contrairement à l’idée largement répandue, il n’y a pas, dans la pratique traditionnelle du Tai Chi Chuan, de travail particulier sur la respiration consciente et dirigée, qu’elle soit de type normal ou de type respiration inversée.

L’attention portée à la respiration dans le Tai Chi Chuan est une pratique moderne intimement liée au développement et à la proéminence de l’aspect méditatif introduit en occident dans le Tai Chi Chuan, ainsi qu’au mélange fréquent de sa pratique avec celle d’autres exercices comme le Qi Gong. Il rejoint en cela les dérives actuelles tendant à assimiler le Tai Chi Chuan aux pratiques méditatives ou encore pseudo-spirituelles. 

Tai Chi et respiration – Sens proprioceptif  et fondamentaux techniques

Traditionnellement, on ne porte en effet aucune attention particulière à la respiration dans le Tai Chi car celle-ci doit au contraire se caler le plus naturellement possible sur les mouvements. Mais surtout, l’intention ne pouvant se porter que sur une seule chose à la fois, la concentration sur la respiration, si elle était pratiquée dans le Tai Chi Chuan, se ferait au détriment du travail  proprioceptif.  

En dehors même du développement du sens proprioceptif, le pratique du Tai Chi traditionnel étant un art corporel extrêmement ardu, exigeant et technique, vouloir inclure le travail de la respiration dans celui-ci – et tout particulièrement avec des débutants – est un non sens préjudiciable à toute pratique correcte. Le problème principal est qu’il est par définition quasiment impossible de porter correctement son attention sur plusieurs choses à la fois.

Le corps intègre progressivement les apprentissages avant d’en faire des automatismes mais il faut d’abord passer par des étapes d’apprentissage demandant une conscience et attention méticuleuse (et parfois laborieuse) avant que cette intégration corporelle ne se fasse et devienne naturelle (moment à partir duquel il n’y a plus besoin de volonté consciente).

Vouloir intégrer l’attention sur la respiration dans la pratique du Tai Chi a pour ainsi dire autant de sens – le danger en moins – que de vouloir demander à un apprenti conducteur de se focaliser sur sa respiration plutôt que de regarder la route, de lui intimer ne pas se préoccuper de synchroniser ses mains et ses pieds pour passer les vitesses, d’oublier de regarder dans son rétroviseur, de négliger de mettre son clignotant,…

On comprend aisément que l’apprentissage de la conduite risquerait fort d’être d’autant plus  compromis qu’il s’agirait en l’occurence non seulement pour notre apprenti conducteur de devoir porter une attention soutenue sur sa respiration au détriment des gestes fondamentaux de la conduite, mais en outre de réussir à synchroniser sa respiration sur ces nouveaux mouvements à assimiler. 

Sommaire Tai Chi et respiration 

Tai Chi et respiration – Synchronisation avec les mouvements

Tout un chacun peut aisément s’imaginer le type de conduite chaotique pouvant résulter d’un apprentissage consistant à coordonner la respiration du conducteur avec, selon, les mouvements du volant, la vitesse des clignotants ou encore le passage de vitesse.

Si la portée de l’analogie s’arrête là, vouloir travailler sur la respiration lors de la pratique du Tai Chi Chuan n’a toutefois de sens que si celle-ci est synchronisée d’une manière ou d’une autre sur les mouvements, s’il y a synergie entre mouvements et respiration. Cela pourrait par exemple être une synchronisation sur les phases de changements de poids, les montées et descentes du corps lors du travail sur la colonne vertébrale dite du “corps du dragon”, ou bien encore sur les changements de mains.

Pour que cela ait réellement un sens, il faudrait en outre que cette synchronisation corresponde à une logique bio-mécanique liée à tel ou tel mouvement (i.e. où la descente ou remontée du diaphragme due à la respiration viendrait en renforcement d’un mouvement particulier).

Or, peu importe que l’on tente de synchroniser le mouvement sur la respiration ou bien l’inverse, plusieurs critères nécessaires à une bonne pratique du Tai Chi Chuan – notamment la lenteur extrême de la pratique pour les débutants et l’objectif de continuité du mouvement –  rendent non seulement l’exercice totalement impropre à celle-ci mais conduirait, comme pour notre apprenti conducteur, à plusieurs dérives néfastes à une bonne progression.

Sommaire Tai Chi et respiration 

Tai Chi et respiration – Quelques contre-indications

Signalons par exemple, pour l’avoir vu faire,  et alors que la pratique du Tai Chi demande lenteur,  continuité dans les mouvements et extrême coordination de toutes les parties du corps : 

  • le danger d’avoir une pratique trop rapide pour  tenter de caler les mouvements sur la respiration,
  • les discontinuités et arrêts des mouvements afin de re-synchroniser la respiration sur les mouvements,
  • les dé-synchronisations et oppositions de phases entre la respiration et les mouvements techniques permettant de faire monter ou descendre la force sur le ventre et le dos (et allant donc à l’encontre de l’effet potentiellement souhaité).

Avec ce type de pratiques cherchant à relier deux pratiques bien différentes et malheureusement incompatibles (que l’on ne peut de fait plus appeler Tai Chi Chuan), ce dont il s’agit en réalité  avant tout est de la combinaison improbable de techniques de respiration artificiellement plaquées sur une forme de Tai Chi Chuan.

Si, dans une logique marketing, il peut effectivement paraître attrayant d’associer deux pratiques à la mode pour attraper dans un filet élargi à la fois ceux voulant pratiquer la respiration consciente et ceux voulant pratique le Tai Chi, il en va tout autrement des résultats à escompter dans la pratique concrète avec une telle approche.

Rappelons que le travail des techniques de respiration est à l’origine prévu dans des positions statiques (couché, assis ou debout) ou semi-statiques comme dans certaines formes de Qi Gong. 

Sur la nécessité de la lenteur dans la pratique du Tai Chi, voir Pourquoi le Tai Chi se pratique t-il lentement ? 

Sommaire Tai Chi et respiration 

Tai Chi et respiration – Conclusion

La respiration dans le tai chi chuan - taichi LyonTravailler sur la respiration lors de la pratique du Tai Chi Chuan est donc totalement contre-productif et retarde la progression. Dit autrement, plus l’on cherche à travailler sur la respiration lors de la pratique du Tai Chi Chuan, moins l’on pratique le Tai Chi Chuan…

La seule exception d’un travail conscient sur la respiration dans la pratique du Tai Chi intervient lors d’un stade de pratique avancé lors duquel on s’attache à synchroniser l’expiration lors des “sorties de forces” (fajin, 发劲). Il faut néanmoins encore préciser que, même dans ce cas là, l’attention sur la respiration reste très accessoire et n’est que la cerise sur le gâteau de l’ensemble des pratiques essentielles qui constituent le coeur du perfectionnement du Tai Chi Chuan.

Que l’on ne se méprenne pas, il ne s’agit nullement pour nous de dire ici qu’il ne faut pas pratiquer de technique de respiration (ni d’en dénier l’intérêt), mais de dire que Tai Chi et techniques de respiration sont deux choses bien différentes et qu’elles ne peuvent pas et ne doivent pas être pratiquées en même temps. Vouloir faire les deux en même temps revient à s’assurer de mal pratiquer l’une et l’autre.

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A propos Tai Chi Lyon

Disciple officiel de la lignée du Tai Chi Chuan originel de Chenjiagou (lieu de création du Tai Chi) sous le nom Pengju 鹏举, j'ai passé plusieurs années en Chine à me former et pratiquer avec Maître Zheng Xu Dong et pratique ces dernières années la Xiaojia avec des maîtres de Chenjiagou (disciples directs du célèbre Chen Kezhong).Formé à la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC), je suis également passionné d'histoire et de culture chinoise. J'ai fondé un club de Tai Chi à Lyon en 2001 dans lequel je continue d'enseigner aujourd'hui.

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